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Je dois avoir un corps, c’est une nécessité morale, une „exigence“. Et, en premier lieu, je dois avoir un corps parce qu’il y a de l’obscur en moi. Mais, dès ce premier argument, l’originalité de Leibniz est grande. Il ne dit pas que seul le corps explique ce qu’il y a d’obscur dans l’esprit. Au contraire, l’esprit est obscur, le fond de l’esprit est sombre, et c’est cette nature sombre qui explique et exige un corps. Appelons „matière première“ notre puissance passive ou la limitation de notre activité : nous disons que notre matière première est exigence d’étendue, mais aussi de résistance ou d’antitypie, et encore exigence individuée d’avoir un corps qui nous appartient. C’est parce qu’il y a une infinités de monades individuelles que chacune doit avoir un corps individué, ce corps étant comme l’ombre des autres monades sur elle. Il n’y a pas de l’obscur en nous parce que nous avons un corps, mais nous devons avoir un corps parce qu’il y a de l’obscur en nous : à l’induction physique cartésienne, Leibniz substitue une déduction morale du corps.
Gilles Deleuze,
LE PLI
LEIBNIZ ET LE BAROQUE,
Les Editions de Minuit, collection „Critique“, 1988 & 2014 pour cette ré-impression,
Un corps, c’est d’abord, une limite, une délimitation, un contour. On peut appeler „corps“ tout simplement une partie indépendante de matière, une partie qui se sépare des autres par un espace vide, mais est-ce si simple ?
